Aller au contenu principal
Sept bocaux en verre à couvercle de liège remplis de plantes séchées différentes, alignés sur une étagère en bois brut
Nutrition & cognition

Plantes pour la mémoire et la concentration : lesquelles ont des preuves ?

Le rayon est dense et l’argumentaire se répète : une tradition millénaire, un extrait titré, une étude citée sans son effectif. Tri possible, à condition de changer de critère.

La question utile n’est pas de savoir quelles plantes pour la mémoire et la concentration existent, mais lesquelles ont été testées chez l’humain, sur combien de personnes, et avec quel résultat quand on additionne les essais au lieu d’en choisir un.

Une réponse globale, avant le détail

Aucune plante ne dispose aujourd’hui de preuves solides d’amélioration de la mémoire chez l’adulte en bonne santé.

Ce constat n’est pas un rejet. Il signifie que le corpus disponible se compose majoritairement d’essais de moins de cent participants, de durée courte, souvent conduits dans un seul pays, avec des extraits non comparables entre eux. Des signaux existent. Ils ne sont pas de même nature qu’une démonstration.

Le cadre réglementaire européen en dit long : aucune allégation de santé portant sur une plante et la mémoire n’est autorisée. Les demandes concernant les végétaux sont maintenues en attente depuis plus d’une décennie, faute de dossiers concluants.

Ce qui est le plus solide

Deux plantes se détachent, pour des raisons opposées.

Le Ginkgo biloba est le végétal le plus étudié du domaine, avec des milliers de participants inclus dans des essais randomisés. C’est aussi celui dont le résultat est le plus clair, et il est négatif sur la question la plus importante. Un essai de prévention portant sur plus de 3 000 personnes âgées suivies six ans n’a trouvé aucune réduction de l’incidence de la démence. Une synthèse Cochrane conclut que les données dans les troubles cognitifs sont incohérentes et peu fiables. La synthèse du National Center for Complementary and Integrative Health va dans le même sens.

Le Bacopa monnieri occupe la position inverse : beaucoup moins de participants, mais des résultats plus cohérents. Plusieurs essais randomisés et des méta-analyses rapportent une amélioration de la vitesse d’acquisition et du rappel après huit à douze semaines, chez des adultes sans trouble. Les effectifs restent petits, les essais concentrés sur quelques équipes, et la certitude devient très faible dès qu’on passe aux populations cliniques.

Ce qui est prometteur sans être établi

Quatre candidats reviennent, avec des dossiers de même profil : petits, courts, encourageants.

  • La sauge, dont plusieurs essais aigus rapportent une amélioration de la mémoire et de l’attention dans les heures suivant la prise. Certains de ses composés inhibent l’acétylcholinestérase, la même cible que les médicaments anti-Alzheimer, ce qui rend l’hypothèse crédible. Les effectifs dépassent rarement quarante personnes.
  • Le safran, testé dans la maladie d’Alzheimer légère à modérée avec des résultats comparables à un traitement de référence dans de petits essais iraniens. La concentration géographique de ces travaux et leur taille interdisent d’en tirer une conclusion générale.
  • L’ashwagandha, qui montre des signaux sur le stress et l’anxiété, et de façon plus fragile sur certains tests cognitifs. Des cas d’atteinte hépatique ont été rapportés, ce qui pèse dans la balance.
  • Le curcuma, dont la curcumine est très mal absorbée. Un essai de dix-huit mois a rapporté un bénéfice mnésique, sur quarante participants. C’est beaucoup trop peu.

Ce qui est faible ou décevant

Certaines réputations ne résistent pas à l’addition des essais.

PlanteÉtat des preuvesConclusion raisonnable
Ginseng (Panax ginseng)Revue systématique sans effet convaincantNon démontré
RhodiolaEssais de faible qualité méthodologiqueSignal sur la fatigue mentale, certitude faible
Centella asiaticaDonnées humaines insuffisantesAucune conclusion possible
MélissePetits essais aigus, résultats éparsInsuffisant
Huperzine AEssais anciens, qualité contestéeMolécule pharmacologique mal évaluée

Le cas de l’huperzine A mérite une remarque. Extraite d’une plante, c’est en réalité un inhibiteur de l’acétylcholinestérase puissant, du même mécanisme qu’un médicament sur ordonnance. L’origine botanique ne réduit ni son activité ni ses effets indésirables potentiels.

Trois pièges de lecture des études sur les plantes

Ils expliquent l’essentiel du décalage entre le rayon et la littérature.

Le premier est l’extrait. Un essai favorable porte sur une préparation précise, avec un titrage donné, produite par un fabricant identifié. Un produit qui affiche le même nom latin sans le même extrait ne peut pas revendiquer le même résultat.

Le deuxième est la population. Un bénéfice observé chez des personnes âgées présentant une plainte mnésique ne se transpose pas à un étudiant de vingt ans, et l’inverse est également vrai.

Le troisième est la durée. Un effet mesuré deux heures après une prise unique et un effet mesuré après trois mois ne parlent pas de la même chose. Les deux sont légitimes, ils ne sont pas interchangeables.

Comment choisir une plante pour la mémoire

Si la décision est prise d’essayer, quelques repères réduisent le risque.

Regarder le nom de l’extrait autant que celui de la plante, et vérifier qu’il correspond à celui des essais publiés. Éviter les formules qui empilent huit végétaux à doses inférieures à celles étudiées, ce qui garantit surtout de ne reproduire aucun protocole. Signaler tout usage à un médecin ou un pharmacien : le Ginkgo interagit avec les anticoagulants, plusieurs plantes modifient le métabolisme hépatique des médicaments, et l’ashwagandha a fait l’objet de signalements hépatiques.

Des troubles de la mémoire qui s’installent, une concentration qui se dégrade sur plusieurs semaines, une grossesse ou un traitement au long cours relèvent d’un avis médical, pas d’un rayon.

FAQ : plantes pour la mémoire et la concentration

Quelle plante a les meilleures preuves sur la mémoire ?

Le Bacopa monnieri dispose des résultats les plus cohérents chez l’adulte en bonne santé, sur de petits essais. Le Ginkgo biloba est le plus étudié en nombre de participants, mais son résultat est négatif sur la prévention du déclin cognitif.

Pourquoi aucune allégation de santé n’est-elle autorisée pour ces plantes ?

Parce que les dossiers déposés n’ont pas établi de relation de cause à effet. Les demandes concernant les végétaux sont maintenues en attente dans le registre européen, ce qui explique les formulations vagues employées sur les étiquettes.

Les plantes pour la mémoire peuvent-elles interagir avec un médicament ?

Oui, et c’est fréquent. Le Ginkgo biloba augmente le risque hémorragique avec les anticoagulants et antiagrégants, plusieurs végétaux modifient les enzymes hépatiques qui dégradent les médicaments. Tout usage doit être signalé au médecin ou au pharmacien.

Faut-il se méfier des formules qui associent plusieurs plantes ?

Elles posent deux problèmes. Les doses individuelles y sont souvent inférieures à celles des essais publiés, et aucune étude ne porte sur la combinaison précise du produit. Un mélange ne cumule pas les résultats obtenus séparément.

Sources

  • Ginkgo, National Center for Complementary and Integrative Health, National Institutes of Health. Absence de bénéfice démontré sur la prévention du déclin cognitif, interactions hémorragiques.
  • Ashwagandha, National Center for Complementary and Integrative Health. État des données humaines et signalements d’atteinte hépatique.
  • Birks J. et Grimley Evans J., Ginkgo biloba for cognitive impairment and dementia, Cochrane Database of Systematic Reviews, CD003120. Données jugées incohérentes et peu fiables. doi:10.1002/14651858.CD003120.pub3
  • DeKosky S.T. et coll., étude GEM, JAMA, 2008. Plus de 3 000 participants âgés, six ans de suivi, absence de réduction de l’incidence de la démence. doi:10.1001/jama.2008.683
  • Registre européen des allégations de santé, Commission européenne. Allégations relatives aux végétaux maintenues en attente. registre sur ec.europa.eu
Défiler vers le haut