Aller au contenu principal
Cinq feuilles de ginkgo biloba en éventail posées à plat sur une table en bois clair, à côté d'un brassard de tensiomètre enroulé
Nutrition & cognition

Ginkgo biloba : mémoire, hypertension, pharmacie et précautions

Un argument de vente revient depuis quarante ans : il améliorerait la circulation. De là, beaucoup en déduisent une action sur la tension artérielle, et une compatibilité évidente avec un traitement cardiovasculaire.

Les deux déductions sont fausses, et la seconde est la plus risquée. La question du Ginkgo biloba et de l’hypertension ne porte pas sur un bénéfice tensionnel, qui n’existe pas, mais sur des interactions médicamenteuses bien réelles.

Ce qu’est l’extrait de Ginkgo biloba

Un produit pharmaceutique standardisé, plus qu’une tisane.

Les extraits étudiés en clinique proviennent des feuilles et sont titrés autour de 24 % de glycosides de flavones et 6 % de lactones terpéniques. Cette standardisation compte : les essais publiés portent sur des extraits identifiés, et un produit non titré n’a aucune raison de reproduire leurs résultats.

Le statut du produit varie selon les pays. En France, une spécialité à base de feuille de ginkgo est disponible en pharmacie, et son remboursement a été supprimé après réévaluation du bénéfice rendu. L’Agence européenne des médicaments reconnaît de son côté un usage bien établi pour certains extraits dans le traitement symptomatique de troubles cognitifs légers, ce qui n’a rien à voir avec une capacité de prévention.

Deux composants expliquent l’essentiel de la pharmacologie. Les flavonoïdes portent l’activité antioxydante. Les ginkgolides, en particulier le ginkgolide B, antagonisent le facteur d’activation plaquettaire. Cette seconde propriété est celle qui gouverne les précautions.

Ginkgo biloba et hypertension : ce que montrent les données

La réponse tient en une phrase, et elle déçoit les deux camps.

Il ne fait pas baisser la pression artérielle. Les synthèses d’essais randomisés ne retrouvent pas d’effet cliniquement pertinent sur les chiffres tensionnels. Une analyse issue d’un grand essai de prévention mené chez des personnes âgées n’a trouvé ni réduction de la pression artérielle, ni diminution de l’incidence de l’hypertension sur plusieurs années de suivi.

Il ne la fait pas monter non plus, aux doses usuelles et chez des personnes sans traitement. L’idée d’un effet vasoconstricteur ou hypertenseur propre ne repose sur rien de solide.

Le vrai sujet est ailleurs. Une personne hypertendue est, dans la grande majorité des cas, une personne sous traitement, et souvent sous antiagrégant plaquettaire. C’est cette configuration qui pose problème, pas la tension elle-même.

SituationNiveau de preuveConduite raisonnable
Effet sur les chiffres tensionnelsSynthèses d’essais randomisésAucun effet utile, ne remplace rien
Association à un antiagrégant ou anticoagulantMécanisme établi, cas rapportésÀ éviter sans avis médical
Association à certains inhibiteurs calciquesÉtude pharmacocinétiqueSurveillance, risque de surdosage
Prévention du déclin cognitifDeux grands essais négatifsSans bénéfice démontré
Traitement symptomatique de troubles cognitifs légersDonnées hétérogènesUsage encadré, résultat incertain

Les interactions qui comptent vraiment

Trois mécanismes, par ordre de conséquence.

Le premier est le risque hémorragique. L’antagonisme du facteur d’activation plaquettaire réduit l’agrégation, et des cas d’hématome sous-dural et d’hémorragie intracérébrale ont été rapportés chez des utilisateurs, parfois sous aspirine ou warfarine. Les essais randomisés ne confirment pas une augmentation globale des saignements, ce qui rend le risque difficile à quantifier sans l’annuler. En pratique, la synthèse du National Center for Complementary and Integrative Health recommande la prudence en association avec les anticoagulants et antiagrégants, et l’arrêt une à deux semaines avant une intervention chirurgicale.

Le deuxième concerne la dégradation hépatique des médicaments. Une étude pharmacocinétique a montré que l’extrait de ginkgo augmentait les concentrations sanguines de nifédipine, un inhibiteur calcique utilisé dans l’hypertension, avec davantage de vertiges et de bouffées vasomotrices. Le mécanisme, une modification de l’activité des cytochromes, concerne potentiellement d’autres traitements.

Le troisième relève de la vigilance générale. Des interactions ont été décrites avec certains antiépileptiques, antidépresseurs et antidiabétiques. Le dénominateur commun est simple : plus le traitement est à marge thérapeutique étroite, plus l’ajout d’un extrait concentré demande un avis.

Et sur la mémoire

Le résultat est connu, et il est robuste.

Deux essais de prévention de grande ampleur ont été conduits, l’un aux États-Unis sur plus de 3 000 participants suivis six ans, l’autre en France sur près de 2 900 personnes suivies cinq ans. Aucun n’a réduit l’incidence de la démence. Une synthèse Cochrane consacrée aux troubles cognitifs conclut que les données disponibles sont incohérentes et peu fiables.

Cela laisse une zone grise, celle du traitement symptomatique de troubles cognitifs déjà installés, où certains extraits conservent un usage reconnu et des résultats discutés. Rien dans ce corpus ne soutient l’usage par un adulte en bonne santé souhaitant améliorer sa mémoire.

Précautions pratiques avec le Ginkgo biloba

Quelques règles suffisent à couvrir l’essentiel.

  • Signaler systématiquement l’usage au médecin et au pharmacien, surtout en cas de traitement cardiovasculaire, ce qui inclut presque toutes les personnes hypertendues.
  • Interrompre la prise une à deux semaines avant une chirurgie ou un geste invasif, y compris dentaire.
  • Ne jamais substituer un extrait de ginkgo à un antihypertenseur : il n’a aucun effet démontré sur la pression artérielle.
  • Ne pas consommer les graines fraîches, toxiques en raison de la ginkgotoxine, contrairement à l’extrait de feuille.
  • Éviter pendant la grossesse et l’allaitement, faute de données suffisantes.

Une tension artérielle élevée, des troubles de la mémoire qui s’installent ou un traitement au long cours relèvent d’un suivi médical. L’ajout d’un extrait concentré à une ordonnance existante est une décision qui appartient au prescripteur.

FAQ : Ginkgo biloba et hypertension

Le Ginkgo biloba fait-il baisser la tension artérielle ?

Non. Les synthèses d’essais randomisés ne montrent pas d’effet cliniquement pertinent sur les chiffres tensionnels, et un grand essai de prévention n’a pas réduit l’incidence de l’hypertension. Il ne peut remplacer aucun traitement antihypertenseur.

Peut-on prendre du Ginkgo biloba avec un traitement cardiovasculaire ?

Pas sans avis médical. Ses ginkgolides réduisent l’agrégation plaquettaire, ce qui pose un problème en association avec un anticoagulant ou un antiagrégant, et il peut augmenter les concentrations sanguines de certains inhibiteurs calciques.

Le Ginkgo biloba prévient-il la maladie d’Alzheimer ?

Non. Deux essais de prévention portant au total sur près de 6 000 personnes âgées, suivies cinq à six ans, n’ont trouvé aucune réduction de l’incidence de la démence. Une synthèse Cochrane juge les données sur les troubles cognitifs incohérentes et peu fiables.

Faut-il arrêter le Ginkgo biloba avant une opération ?

Oui, une à deux semaines avant, y compris pour un geste dentaire. Son action sur l’agrégation plaquettaire peut majorer le saignement, et l’anesthésiste doit être informé de tout complément en cours.

Sources

  • Ginkgo, National Center for Complementary and Integrative Health, National Institutes of Health. Absence de bénéfice démontré sur la prévention du déclin cognitif, risque hémorragique, arrêt avant chirurgie, toxicité des graines.
  • Birks J. et Grimley Evans J., Ginkgo biloba for cognitive impairment and dementia, Cochrane Database of Systematic Reviews, CD003120. doi:10.1002/14651858.CD003120.pub3
  • DeKosky S.T. et coll., étude GEM, JAMA, 2008, et Vellas B. et coll., étude GuidAge, The Lancet Neurology, 2012. Deux essais de prévention négatifs, États-Unis et France. doi:10.1001/jama.2008.683 et doi:10.1016/S1474-4422(12)70206-5
  • Yoshioka M. et coll., 2004. Étude pharmacocinétique de l’interaction entre extrait de ginkgo et nifédipine. doi:10.1248/bpb.27.2042
  • Agence européenne des médicaments, monographie sur Ginkgo folium. Usage bien établi pour certains extraits dans le traitement symptomatique de troubles cognitifs légers. monographie sur ema.europa.eu
Défiler vers le haut